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Où sont toutes les femmes entrepreneurs en technologies propres?

juin 22, 2018 By: Humera Malik

This post is also available in: English (Anglais)

Remarque : Cet article a été publié dans The Globe and Mail.

On le dit souvent, mais il faut le répéter, que les femmes sont nettement sous-représentées dans l’économie de l’innovation. Comme l’indiquait un rapport récent, seulement 5 % des entreprises technologiques canadiennes ont une femme comme fondatrice ou directrice générale.

Une telle représentation est similaire, voire pire, dans le cas du secteur des technologies propres. Là où les femmes sont présentes, elles occupent généralement de petits rôles en marketing, en communications ou en finance et non des postes de direction en ingénierie ou autres.

Le gouvernement fédéral a récemment reconnu que cet écart entre les sexes, en particulier dans les domaines de l’innovation, entrave la croissance économique en laissant de côté du personnel qualifié. Cela limite également la diversité des points de vue, qui selon la recherche, est essentielle pour renforcer la résilience économique.

Le budget de 2018 a souligné la nécessité de stimuler le pourcentage d’entreprises appartenant à des femmes dans le secteur de la technologie en donnant aux femmes la chance de se lancer, tout en éliminant les obstacles qui empêchent certaines d’entre elles de réussir. En même temps, les deux derniers budgets fédéraux ont identifié la croissance du secteur des technologies propres du Canada comme étant une priorité nationale.

Il est évident que le fait d’inciter davantage d’innovatrices à créer et à gérer des entreprises qui s’attaquent à certains des plus grands défis environnementaux et climatiques du monde représente une occasion favorable pour le pays.

Les obstacles auxquels se heurtent les femmes entrepreneurs en technologie sont persistants. L’un des plus importants est la difficulté à mobiliser du capital-risque, souvent appelé « écart d’investissement entre les sexes ». Dans un récent sondage mené auprès de 350 entreprises en démarrage, The Boston Consulting Group a signalé que les femmes entrepreneurs recueillaient en moyenne un peu moins de 1 million de dollars US en capital de démarrage, soit moins de la moitié de l’argent amassé par les hommes.

« La disparité dans le financement n’est pas due à des différences qualitatives dans les présentations ou les entreprises sous-jacentes », mentionnent les auteurs du rapport.

En effet, les résultats de l’enquête ont montré que les entreprises en démarrage dirigées par des femmes ont obtenu un meilleur rendement, rapportant 78 cents par dollar d’investissement durant leurs premières années d’activité comparativement aux 31 cents pour celles dirigées par des hommes.

Selon le rapport, l’une des façons de réduire l’écart est de fournir le mentorat, les ressources et les possibilités de réseautage qui historiquement ont manqué aux femmes ou qui ont traditionnellement été biaisés en faveur des hommes.

Et cela commence à arriver. Des organisations, notamment #movethedial, ont fait un travail de sensibilisation considérable au sujet de cet écart, tout en construisant un réseau de soutien inclusif pour les femmes dans la technologie, y compris les technologies propres.

Pour sa part, le gouvernement fédéral donne suite à ses promesses budgétaires. Le mois dernier, il a annoncé le Défi des femmes en technologies propres à 1 million de dollars, une collaboration avec le MaRS Discovery District de Toronto. Le premier des cinq défis était axé sur le « déblocage de solutions révolutionnaires à des problèmes complexes et persistants dans le développement de technologies propres ».

L’objectif du défi consiste à recruter les meilleures innovatrices du Canada travaillant sur des solutions de technologies propres, à sélectionner une cohorte d’élite de cinq personnes et, pendant près de trois ans, à leur fournir le mentorat, les services essentiels et les présentations organisées dont elles ont besoin pour croître et s’épanouir.

Elles recevront toutes une allocation annuelle de 115 000 $ pour couvrir leurs frais de subsistance et de déplacement, et elles bénéficieront d’un programme intensif visant à développer leurs talents d’entrepreneurs, notamment en travaillant en étroite collaboration avec des conseillers techniques et commerciaux et en les jumelant à un centre de recherche fédéral pouvant aider à accélérer la recherche-développement.

En retour, on demandera à ces femmes de s’immerger complètement dans leur mission de bâtir les prochaines réussites en technologies propres au Canada.

Nous sommes convaincus qu’il y a des centaines de femmes innovatrices à travers le pays qui sont des candidates idéales pour ce genre de défi, comme des chercheuses travaillant dans des laboratoires académiques ou d’entreprise ou des ingénieurs travaillant dans divers domaines ayant des idées étonnantes, mais qui hésitent à les faire valoir commercialement.

C’est peut-être parce qu’elles ne savent pas par où commencer, ou parce qu’elles savent que les probabilités ne leur sont pas favorables. Si les investisseurs sont moins enclins à investir dans des entreprises dirigées par des femmes, et s’il existe peu de mentors pour guider ces innovatrices dans leur parcours difficile, il est compréhensible que certaines femmes ne se lancent jamais en affaires.

Le rapport de The Boston Consulting recommande que les sociétés de capital-risque deviennent plus conscientes des préjugés structurels dans leurs décisions d’investissement, et le fait d’inclure plus de femmes dans ces décisions aidera certainement.

Il recommande également que les organisations novatrices qui soutiennent les entreprises en démarrage, telles que les accélérateurs, réussissent à mieux recruter des femmes entrepreneurs et à créer des réseaux de mentors, d’investisseurs et de pairs plus équilibrés entre les sexes.

« Les accélérateurs sont positionnés de manière unique pour créer un changement positif », indique le rapport. « Ils peuvent rassembler une communauté d’entreprises en démarrage, d’investisseurs favorables aux femmes et d’autres ressources, tant en personne qu’en ligne, pour justifier le changement ».

Une initiative comme le Défi des femmes en technologies propres est un bon début.

Humera Malik est fondatrice et chef de la direction de la société d’IA industrielle Canvass Analytics basée à Toronto. Elle fait également partie du jury du Défi des femmes en technologies, qui accepte les candidatures jusqu’au 13 juillet.

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